Jeudi 26 novembre 2009
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Dans mon ancienne vie, je le confesse volontiers, j'étais davantage attiré par l'universel et le collectif, les arts et les artistes, et en vérité, loin d'imaginer les épreuves et la
souffrance des laissés-pour-compte de notre société. Pourtant, presque inconsciemment, j'étais las de cette population d'individus de mon entourage persuadés que le fric fait d'un sot un
personnage considérable. Assez ! également de leurs futiles épouses ou insouciantes et narcissiques maîtresses qui, "crapahutent", comble du ridicule, à la façon Dallas dans le
triangle d'or des boutiques de l'avenue Montaigne ( lui qui prenait appui sur la raison et la nature) dans de flamboyants véhicules 4X4 chromés ressemblant à des
trucks
américains.
De 1994 à 1998, période noire de ma vie, j'ai vidé les étriers. J'ai connu la grande précarité dans les rues de Paris et rejoint cette cohorte d'hommes et de femmes du reste du monde, ces êtres
invisibles, spectres et ombres des villes à qui l'on jette un regard furtif, indifférent ou parfois compatissant en passant. Dans l'arrière-monde où j'évoluais dorénavant, j'allais apprendre à mes
entiers dépens, et pour ma survie, les impitoyables codes et règles de la rue. C'était le début d'une révolte, le besoin de gagner cette liberté de haute mer qui n'appartient à personne, et
qui, depuis n'a jamais cessé de grandir en moi. Ma carrière "littéraire" a commencé très modestement, puisque pour survivre, je vendais à la rencontre des journaux sociaux tels que
Macadam, Réverbères, Faim de Siècle. Il y aurait d'ailleurs beaucoup à dire sur l'exploitation des sans-abris par ces éditeurs bidons, en vérité de cupides et mercantiles sociétés
commerciales à but hautement lucratif qui, exploitent sans vergogne la détresse humaine. Ce chapitre fera prochainement l'objet d'un autre "coup de gueule" dans l'une des chroniques à venir.
Par la suite, j'ai été successivement répétiteur d'allemand, valet de chambre, aide-décorateur, pigiste, manoeuvre dans le BTP, joueur de bridge, et pour finir, plongeur aux cuisines du SAMU
Social de Paris.
En 1995, poussé par la souffrance et la nécessité du
loser, mais depuis toujours hanté par l'écriture, muni d'un Bic et d'un Canson, j'ai rédigé mon premier ouvrage au fond des salles de
bistrot, sur les bancs publics ou par mauvais temps sous les ponts de la banlieue parisienne. Je l'avais intitulé
SOLEILS car c'est ainsi que les hommes de la rue appelaient les
pièces de dix francs. ( celles de cinq francs étant des "roues de secours").
Seul comme une étoile, j'ai vendu ce premier livre sur les trottoirs de Paris, notamment rue des Abbesses à Montmartre, rue de Lévis dans le 17ième arrondissement, et encore en bien d'autres
endroits de la capitale. Quatre années d'errance, m'ont vieilli physiquement de quinze ans sans une plainte, car contrairement à d'autres malheureux, cette vie-là, je l'avais choisie.
Jamais à cette époque, je n'ai hurlé mon mal, ni mon dépit.
Ecrire, c'est plus que raconter des histoires. C'est mettre sa vie sur la table, c'est s'exposer au malentendu ou risquer de ne pas être entendu. C'est aussi subir les critiques, alors qu'au
fond de soi l'on attend des éloges.
A l'achèvement de chaque livre, m'envahit l'idée qu'il sera le dernier, que je vais définitivement ranger mes crayons, les couleurs et les saveurs des mots. Pourtant, chaque fois je recommence,
animé par la ferme conviction que l'impossible recule devant celui qui avance. J'écris pour le partage, pour semer les mots au-delà des sillons, pour essaimer aux vents d'occident, d'orient ou
d'autan. Quel magnifique mouvement ! Peu importe s'il s'agit d'une goutte d'eau sur une pierre brûlante, il faut continuer, jamais se lasser.C'est ma façon de partager à pur et à plein.
Quoi que nous ayons, qui que vous soyez, quelques erreurs que vous ayez faites et quelque importantes qu'elles soient ou pas, écrivez-moi pour ouvrir une chronique de soutien pour les
laissés-pour-compte de ce vingt-et-unième siècle. Refusons les
a priori, prenons notre avenir en main, écoutons les faibles et les opprimés, partageons mieux, partageons bien, soyons plus
humain, tout simplement.
Robert Bruce
Ecrivain colporteur
rbruce@free.fr www.ecrivaincolporteur