Partager l'article ! Sans domicile fixe - Le coup de gueule d'un ancien SDF: Dans mon ancienne vie, je le confesse volontiers, j'étais davantage attiré par l'univer ...
Ecrivain
colporteur de France
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Robert Bruce, écrivain colporteur 28,rue Jules Morel 76730 Bacqueville-en-Caux tel: 02 35 83 40 04 et 06 30 12 83 00 rbruce@free.fr |
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Dans mon ancienne vie, je le confesse volontiers, j'étais davantage attiré par l'universel et le collectif, les arts et les
artistes, et, en vérité, loin d'imaginer les épreuves et la souffrance des laissés-pour-compte de notre société. Pourtant, presque inconsciemment, j'étais las de cette population
d'individus de mon entourage persuadés que le fric fait d'un sot un personnage considérable. J'en avais assez également de leurs futiles épouses ou insouciantes et narcissiques maîtresses
qui, "crapahutent " crânement, comble du ridicule, à la façon Dallas dans le triangle d'or des boutiques de l'avenue Montaigne, ( lui qui, comble de l'ironie, prenait appui sur la
raison et la nature ) dans de flamboyants véhicules 4X4 chromés équipés de pare-buffles (on se demande pourquoi ) ressemblant à des trucks américains.
De 1994 à 1998, période noire de ma vie, j'ai soudainement vidé les étriers. J'ai connu la grande précarité dans les rues de Paris, et rejoint cette cohorte d'hommes et de femmes du reste du monde, ces êtres invisibles, spectres et ombres des villes à qui l'on jette un regard furtif, indifférent ou parfois compatissant en passant. Dans l'arrière-monde où j'évoluais dorénavant, j'allais apprendre à mes dépens et pour ma survie, les impitoyables codes, règles et coutumes de la rue. C'était le début d'une révolte, le besoin de gagner cette liberté de haute mer qui n'appartient à personne, et, qui, depuis n'a jamais cessé de grandir en moi. Ma carrière " littéraire " a commencé très modestement ( et encore...) puisque, pour survivre, je vendais à la rencontre des journaux sociaux tels que Macadam, Réverbères, Faim de Siècle. Il y aurait d'ailleurs beaucoup à dire sur l'exploitation sans vergogne des sans-abris par ces éditeurs crapuleux, en vérité de cupides et mercantiles sociétés commerciales de voyous à but hautement lucratif, qui profite de façon infamante de la détresse humaine. Ce chapitre, ainsi que les marchands de sommeil, fera bientôt l'objet d'un autre " coup de gueule " dans l'une des chroniques à venir.
Par la suite, j'ai été successivement répétiteur d'allemand, valet de chambre, aide-décorateur, pigiste, manoeuvre dans le BTP, joueur de bridge, et pour finir, plongeur aux cuisines du SAMU Social de Paris.
En 1995, poussé par les besoins organiques de tout homme ( la faim, le froid...) mais depuis toujours hanté par l'écriture, muni d'un Bic et d'un Canson d'écolier, j'ai rédigé mon premier ouvrage au fond des salles de bistrot, sur les bancs publics ou par mauvais temps sous les ponts de la banlieue parisienne. Je l'avais intitulé SOLEILS, car c'est ainsi que les hommes de la rue appelaient les pièces de 10 frans. ( Celles de 5 francs étant des " roues de secours ).
Seul comme une étoile, j'ai vendu ce premier livre sur les trottoirs de Paris, notamment rue des Abbesses à Montmartre, rue de Lévis dans le 17e, et en bien d'autres endroits encore de la capitale. Quatre années d'errance m'ont vieilli physiquement de quinze ans sans une plainte, car contrairement à d'autres malheureux, cette vie-là, je l'avais choisie.
Jamais à cette époque, je n'ai hurlé mon mal, ni mon dépit.
Ecrire, c'est plus que raconter des histoires. C'est mettre sa vie sur la table, c'est s'exposer au malentendu ou pire encore, risquer de ne pas être entendu. C'est aussi subir les mauvaises critiques, alors qu'au fond de soi l'on attend des éloges.
A l'achèvement de chaque livre, m'envahit l'idée qu'il sera le dernier, que je vais définitivement ranger mes crayons, les couleurs, les saveurs et les odeurs des mots. Pourtant, chaque fois je recommence, animé par la ferme conviction que l'impossible recule devant celui qui avance. J'écris pour le partage, pour semer les mots au-delà des sillons, pour essaimer aux vents d'occident, d'orient ou d'autan. Quel magnifique mouvement ! Peu importe s'il s'agit d'une goutte d'eau sur une pierre brûlante. Il faut continuer, jamais se lasser. C'est ma façon de partager à pur et à plein.
Quoi que nous ayons, qui que vous soyez, quelques erreurs que vous ayez faites et quelque importance qu'elles aient ou pas, écrivez-moi pour ouvrir une chronique de soutien pour les laissés-pour-compte de ce vingt-et-unième siècle. Racontez-nous vos expériences. Refusons les a priori, prenons notre avenir en main, écoutons et aidons les faibles et les opprimés. Partageons mieux, partageons bien, soyons tout simplement plus humains.
Robert Bruce